EDF sur une pente savonneuse

Un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de plus de 12%, un emprunt auprès des particuliers de 1 Md€ dont le succès est couru d’avance et bientôt les conclusions définitives du rapport Champsaur qui devrait assurer à EDF une augmentation de ses tarifs et la fin des contraintes du fameux Tartam (*), tout cela sans s’attirer les foudres de Bruxelles. En apparence, Pierre Gadonneix qui joue les prolongations à la tête de l’opérateur historique, termine son mandat en fanfare.
Le problème est pourtant qu’il est en train de jouer en coulisse, une partie extrêmement dangereuse. Le milliard d’euros levé auprès des particuliers n’est en effet que la partie visible de l’iceberg. EDF a emprunté depuis 2008, 16 Mds€ d’obligations auprès des institutionnels à un coût moyen de l’ordre de 5,5 % et fin 2008, l’endettement atteignait 37 Mds€ ( en brut) dont 12 Mds€ remboursables en 2009.

Avec les acquisitions récentes dont celle de British Energy surpayée, la situation de la filiale à 85 % de l’Etat, est devenue tendue. Et mine de rien, cette course à la croissance de l’opérateur historique, est en train de changer le profil de risque du groupe. EDF s’éloigne de plus en plus de l’idéal de « valeur sûre au rendement régulier » qui reflète l’attente des actionnaires individuels et salariés, celle qu’évoquait récemment Camille Planchet, le président de l’association des actionnaires salariés d’EDF (EAS) lors de sa dernière assemblée.

Une stratégie atomique

Pour se désendetter – ce qui va tôt ou tard s’imposer – le groupe risque de mettre en péril le bon équilibre nécessaire chez les énergéticiens, entre activités régulées (encadrées mais régulières) et activités non régulées ( soumises aux aléas du marché), entre activités de réseau c’est à dire de transport d’électricité moins rentables mais moins risquées et activités de production-commercialisation d’électricité plus rentables mais plus aléatoires.
Pierre Gadonneix arrivé chez EDF avec une réputation de prudence déçoit en interne. « L’endettement a presque doublé » déplore un actionnaire salarié. Sa stratégie qui consiste à investir à fonds dans le nucléaire qu’il soit britannique ou américain va coûter une fortune. Et pour financer le développement de la production dans le nucléaire, la cession de 50 % du réseau de transport de l’électricité RTE semble de plus en plus inéluctable. Or, cette décision conduirait EDF à abandonner sa stratégie de « producteur d’électricité intégré » moins risquée pour un « tout nucléaire » prometteur mais exposé aux aléas de l’atome. Et un changement aussi capital n’a pas été débattu sur le fonds ni en conseil d’administration, ni même devant le parlement.

La sécurité nucléaire en question

Or, la question est grave. Sans vouloir faire de procès d’intention à EDF, on voit bien qu’une telle stratégie peut avoir des effets pervers. Pourquoi ? Parce qu’il est difficile, quand on se pose en champion du nucléaire mondial, d’avouer un taux d’incidents élevés et d’afficher de ce fait un taux de disponibilité des centrales médiocre.
Or, il faut reconnaître que l’an dernier, EDF a encore réalisé de piètres performances : le taux de disponibilité de ses centrales est tombé à 79,2 %. On est loin des 84 % qui étaient visés dès 2007 et de la cible de 85% toujours fixée pour 2011.
Or, désormais, pour rester une vitrine du nucléaire alléchante et valoriser ses actifs britanniques et américains, EDF se doit d’afficher les meilleurs ratios.

Autrement dit, la tentation va être grande de minimiser les incidents nucléaires pour atteindre un taux de disponibilité des centrales qui n’est peut-être plus à sa portée. Que faut-il craindre à l’avenir ? A court terme « une trop grande pression sur le nucléaire hexagonal et des risques plus élevés en terme de sécurité nucléaire » note un salarié. On voit bien que la stratégie d’EDF a pris ces derniers mois un tournant dangereux et pas seulement pour ses actionnaires.

(*) Le Tartam ( tarif réglementé transitoire d’ajustement de marché) offre aux clients d’EDF qui ont choisi de quitter les tarifs réglementés et le regrettent, la possibilité de bénéficier de nouveau des tarifs réglementés plus attractifs. C’est EDF qui paie la facture et une provision de 1,2 Mds€ pour couvrir ce coût figure dans les comptes de 2008.

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