Confessions d’un banquier pourri: encore plus d’incompétence que de cupidité

Voici le livre que vous devez emmener en vacances si vous ne l’avez pas encore lu. Bien entendu il s’adresse à ceux qui font de la finance leur métier ou leur hobby, et qui se délecteront de reconnaître, sous la plume acérée des deux co-auteurs, leur banquier, leur patron ou qui sait, leur collègue.

Il faut absolument lire « Confessions d’un banquier pourri », non seulement parce que ce livre va alimenter d’anecdotes vos soirées barbecue mais aussi parce qu’il porte un regard original sur la crise. On vous a parlé de subprime, de titrisation, de déréglementation excessive et même de crise du capitalisme financier, mais notre banquier pourri n’en a que faire de la sophistication financière. Pour lui, l’incompétence des dirigeants de banques, les luttes de pouvoir qu’ils se livrent, sont bien plus dangereuses pour le système financier mondial que la cupidité des traders plus souvent mise en avant. Quant aux médias, « ils ne posaient pas beaucoup de questions et prenaient nos communiqués les plus effrontés pour de l’argent comptant » rapporte l’auteur qui dirigeait une banque il y a encore peu de temps.

Cet ouvrage écrit par une journaliste et un banquier,  se lit comme un roman. Il  amène à une conclusion simple : pour se sortir de cette crise et éviter qu’elle ne se reproduise, on ne fera pas l’économie d’un grand coup de balai dans la gouvernance des banques.

Une histoire vécue

Qualifié de « très vraisemblable » mais relatant un patchwork de situations attribuables à un panel de grandes banques, l’ouvrage décrit par le menu un monde cynique. Le système qui concentre le pouvoir dans les mains de la « Confrérie des Finances » ressemble à un théâtre où maquillage et habillage des comptes, font partie du quotidien. Un monde décadent, constitué de dirigeants mal informés, imbus d’eux même, de sous fifres carriéristes et rampants, de traders astucieux et cupides, un monde qui se fout de perdre au Casino puisqu’il joue avec l’argent des autres.

Des noms balancés sans retenue

« Nous avions changé de métier, sans en informer personne, ni les ministres, ni nos client », résume l’auteur avec des accents de Céline. « On avait laissé la boutique ouverte et la vente continuait, alors qu’en réalité, on allait tout claquer au Casino voisin ». Il balance des noms sans précautions. Il y en a à toutes les pages et pour l’instant pas de démenti ce qui renforce la crédibilité du récit. Et l’auteur n’y va pas par quatre chemin pour démontrer avec force que la crise est « une opération de grand banditisme collectif menée avec sang froid » . « Jamais, une bande ne s’était enrichie aussi vite, en laissant derrière elle un tel champs de ruine…sauf en Union Soviétique » estime-t-il.

L’intrigue censée retracer les mois qui précèdent la faillite de Lehman Brothers, est assez simple : notre banquier pourri apprend par hasard, d’une prostituée de luxe, qu’Henri Paulson, le secrétaire d’Etat au Trésor Américain vient de mettre en garde un riche Saoudien, membre de la famille royale contre la faillite imminente de Lehman Brothers. Les quelques jours qui précèdent ce désastre programmé, sont mis à profits par Paulson pour faire pression sur la Confération Helvétique pour qu’elle lève le secret bancaire sur les comptes de six dirigeants de cette banque d’affaires. On comprend que le salut de l’autre géant du métier, la suisse UBS en dépend et que la Confédération finit par céder, avec les conséquences que l’on connaît.

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Un scenario de film, plus qu’une histoire réelle…Pas si sûr…Certain détails sont troublants de vérité. Ainsi l’auteur, raconte que la fermeture de trois fonds de placement en août 2007 aurait laissé une ardoise de 2,4 Mds€ à sa banque. Laquelle ? BNP Paribas a bel et bien fermé trois fonds et la Société Générale a perdu de l’argent sur les siens. La fraude décrite qui ressemble à celle de Jérôme Kerviel à la Société Générale ne serait pas, si le livre disait vrai, l’œuvre d’un trader mais de deux. La frénésie d’acquisition et le rachat de la troisième banque Ukrainienne présenté comme une arnaque de Citibank , a très bien pu arriver au Crédit Agricole.

On fait une incursion dans le milieu des courses où on croise le ministre de La Défense Hervé Morin. Deauville est décrit comme un lieu de prédilection pour le « rabattage » des grandes fortunes.

On se délecte lorsque notre banquier pourri raconte par le menu un de ces dîners en ville « mélange convenu d’ultra-riches , façon grande bourgeoisie ou de dirigeants du CAC40, entourés de quelques personnalités des médias ou du barreau, sans oublier un petit quota d’homosexuels snobs et de vedettes has been ». Au sujet des pertes des banques françaises, Jean-Pierre Mustier, homme clé des marchés à la Société Générale, aurait avoué « il n’y a pas plus d’exception française que d’excédent budgétaire, on est en train de foncer dans le mur en klaxonnant ». On apprend au cours de ce même dîner que le Président du Directoire d’Axa n’était peut-être pas au courant de tous les risques pris par sa filiale américaine, qu’en rachetant Dresdner à Allianz, Commerzbank s’est fait refiler des pertes abyssales et qu’il n’y avait pas en 2008 d’alternative, à la liquidation progressive des positions du fonds Blackstone, ce qui laissait peu d’illusion sur la remontée des marchés.

« Nous sommes à bord du Titanic et l’Iceberg est en vue. Je vous propose donc de profiter calmement de ce dîner et de bien vous couvrir avant d’embarquer dans l’un des canaux de sauvetage » lance l’auteur au milieu des convives. Il est en verve. On fait un saut avec lui à la grand messe de « The Banker ». Au plus fort de la crise, le faire valoir journalistique de la profession bancaire décerne ses prix aux banquiers les plus toquards.

Puis, on rejoint, la confrérie des finances invitée à la Garden Party de l’Elysée que l’auteur compare à un goûter d’enfants des beaux quartiers. Antoine Bernheim, octogénaire président de l’assureur Generali, autodidacte de la banque qualifié de légende vivante de la haute finance mondiale félicite bruyamment Nicolas Sarkozy : « Nicolas, tu es le meilleur…tu as dépassé toutes nos espérances.. » aurait-il clamé d’une voix de stentor. « Tous ces grands patrons, tous ces banquiers, tous ces inspecteurs des finances, avaient enfin à l’Elysée, un homme à eux qui allait défendre leurs intérêts, protéger leur fortune, réformer l’ISF, subventionner leurs groupes, changer les lois dont ils ne voulaient plus… » s’esclaffe notre banquier.

A ne pas manquer également : la réunion du comité chargé de « l’habillage » des comptes trimestriels de la banque que co-dirige le personnage central. Il s’agit de « faire des choix comptables qui soient médiatiquement acceptables » explique-t-il. Il faudra toute la naïveté d’une directrice de la communication fraîchement nommée, pour conduire chacun des dirigeants de la banque à dévoiler ses casseroles devant un président prompte à faire porter le chapeau à ses sbires. Pas joli, joli.

Mais ce n’est pas tout, à mots couverts, notre auteur nous révèle comment en profitant de la faillite d’une contrepartie, subtiliser via le dénouement de swap de change descendants, une somme de plusieurs centaines de millions d’euros qui ira ni vu ni connu dans la confusion, se loger dans un paradis fiscal.

« Confessions d’un banquier pourri » par Crésus, 233 pages, éditions Fayard, 233 pages.

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