Wall Street risque d’accoucher d’un nouveau monstre

Un an seulement après la faillite de Lehman Brothers, les  banques d’affaires et en particulier Goldman Sachs et Credit Suisse se préparent à rejouer un scénario bien connu. Les magiciens de la finance qui avaient fait fortune avec la titrisation des crédits immobiliers pourris sont prêts à recommencer leurs exploits avec l’assurance décès.

Selon le New York Times du 5 septembre 2009 , les  banques d’investissement ont mis au point la titrisation de  «Life Settlements  » que l’on peut traduire par «liquidation de polices d’assurance décès». Cette  prochaine innovation financière devrait faire fureur à Wall Street .

Souvenez-vous, dans les années 2005-2007, pour financer les subprimes, les banquiers en avaient fait des paquets qu’ils fourguaient aux investisseurs,  redécoupés en obligations remboursables.  Puis quand ils ont commencé à craindre des défauts de remboursement sur les crédits immobiliers, ils se sont débarrassés de ces obligations pourries en les soupoudrant un peu partout dans d’autres opérations de titrisation.  Résultat : en 2007,  une gigantesque crise de confiance dans le crédit qui conduit à la faillite de Lehman puis à la crise économique sans précédent qui sévit encore aujourd’hui.

Comme si cette expérience n’avait pas suffit, Wall Street a trouvé de quoi  ranimer le marché de la titrisation.

De quoi s’agit-il ? Il existe dans le droit de la plupart des Etats américains, la possibilité pour le cotisant d’une assurance décès, de céder son contrat à un tiers après 65 ans. Des établissements spécialisés « rachètent » le contrat pour une somme qui dépend de son espérance de vie, et continuent à cotiser afin de  toucher l’indemnité lorsque l’assuré décède. Ce « business » existe depuis des années  et a déjà fait la fortune de nombreuses boutiques financières, de hedge funds et de courtiers expliquait l’hebdomadaire BusinessWeek dès 2007.

Mais avec la crise, de plus en plus de personnes âgées plus ou moins ruinées sont prêtes à « casser la tirelire ». Parfois, elles ne peuvent plus payer leurs cotisations ou ont besoin d’argent pour payer leurs soins et leur dépendance. Si on en croit le lobby des liquidateurs de contrats décès ( LISA), 90 % des cotisants ne vont pas au bout des contrats et sont donc susceptibles de les revendre, un marché estimé aux alentours de 500 Mds€ dans l’article du New York Times.

Des paris macabres et un cynisme total

Encore faut-il que les spécialistes du rachat de contrats,  trouvent des fonds pour financer cette activité. Et c’est là qu’intervient la titrisation des contrats que les banques d’investissement sont sur le point de démarrer.   Comme pour le subprime, elles vont  refinancer les polices d’assurance décès rachetées en lançant des émissions d’obligations adossées à des “paquets” de contrats. Celles-ci seront placées auprès d’investisseurs, puis remboursées grâce aux indemnités versées par les assureurs au moment du décès des assurés.

Le cynisme est total: plus les décès interviendront rapidement et plus l’obligation adossée prendra de la valeur.  A contrario, si la durée de vie des assurés se prolonge, des pertes sont à prévoir. Il s’agit donc de paris très macabres.

Evidemment, le lobby de la profession monte au créneau et soutient que la création d’un marché secondaire des contrats décès profitera au consommateur américain. « Il n’y a rien de macabre à investir dans ce type d’actifs » estime l’association Lisa en réponse à l’article du New York Times. Les investissements qui parient sur la maladie et la mortalité, se chiffrent d’ores et déjà en milliers de milliards de dollars et c’est un marché vieux de 200 ans.  C’est même l’un des fondement de  notre économie moderne » soutient-elle.

Les compagnies d’assurance menacées

Mais «  ce qui est bon pour Wall Street peut-être néfaste pour l’industrie de l’assurance et pour ses clients » souligne au contraire Jenny Anderson, auteur de l’article du  New York Times.

En effet, une bonne partie des profits des  compagnies qui vendent ces polices provient de l’abandon du contrat en cours de route. Ils ne paient plus leurs primes et perdent le droit à toucher l’indemnité.  Et c’est le principe de l’assurance dommages ( contrairement à l’assurance vie qui est le reversement d’une épargne), la compagnie qui n’a pas à payer le “sinistre”, réalise un bénéfice et en fait profiter les autres assurés dont la prime est ainsi minorée.

Mais, si le système est dévoyé,  si l’assureur doit payer l’indemnité décès à tous les coups,  les primes d’assurance décès des assurés vont au contraire continuer d’être revues à la hausse. Ce qui n’est pas une bonne affaire pour l’ensemble des assurés.

En outre, le marché des nouvelles obligations adossées à des contrats décès, sera très volatile et spéculatif. L’évolution de la mortalité étant imprévisible à échéance de 15-20 ans, il peut y avoir de très mauvaises surprises. Et avec de tels produits, l’ allongement de la durée de vie peut très vite devenir une catastrophe pour l’épargne.

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