Le gendarme à New York

Il n’y a pas pire épreuve pour un gendarme que d’avouer son incapacité à courir après les voleurs. Et ce n’est pas les dispositions prises en France et au niveau européen qui suffiront à redonner un semblant d’autorité au régulateur français. Encadrer les marchés des dérivés, interdire les ventes à découvert à nue et les paris sur la qualité des souverains c’est bien, prendre la mesure des problèmes techniques qui se posent en terme de surveillance boursière ce serait encore mieux.

Il y avait en effet, le 8 septembre dernier, quelque chose de poignant, dans le sentiment d’impuissance évoqué par Jean-Pierre Jouyet témoignant devant la commission d’enquête sur les mécanismes de spéculation affectant le fonctionnement des économies, de l’Assemblée Nationale. Ce fin politique ne soupçonnait probablement pas lors de sa nomination à la tête de l’AMF, qu’il devrait se plonger aussi loin dans la technique informatique. Or, depuis les années 2006-2007, deux tiers des transactions américaines et un tiers des ordres européens sont passés par des ordinateurs surpuissants. Des bolides informatiques à grande vitesse, qui annulent le plus souvent jusqu’à 90 % des ordres passés non sans avoir tordu les cours. Il faut pêcher à la ligne dans cet océan d’ordres pour repérer les manipulations frauduleuses, une technique aléatoire qui ne permet plus à l’AMF d’assurer une surveillance correcte. Alors que dark pools et high frequency trading (HFT) ne cessent de rendre les marchés plus opaques, c’est autant d’angles morts pour le gendarme chargé de la surveillance.

Il aura fallu le mini krach américain du 6 mai 2010, pour faire réagir les régulateurs face à cette réalité effrayante, qui se prête au syphonage de l’épargne.

L’Europe qui a préféré la politique de l’autruche a pris du retard. L’essor du HFT a profité de la brèche ouverte par la fragmentation des places européennes et des réglementations, si bien qu’on observe depuis l’an dernier un report des volumes des Etats-Unis vers l’Europe. Pour Jean-Pierre Jouyet qui revient de New York où il a rencontrer ses homologues afin de profiter des avancées américaines, face à la complexité et aux gigantesques moyens à mettre en œuvre pour surveiller des marchés devenus tentaculaires, c’est un nouveau chantier herculéen qui s’annonce.

Mais après tout, s’il est trop complexe de surveiller, pourquoi ne pas interdire carrément ? Une décision qui frise le bon sens mais n’est pour l’instant envisagée par personne !

A lire aussi :

Le texte de l’audition devant la commission au parlement  ce texte, ne reflète pas complètement le sentiment d’impuissance exprimé par le président de l’AMF.

 

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