Des semelles de plomb pour BNP Paribas

Vous êtes  plus de 10 millions de particuliers et d’entreprises à avoir prêté de l’argent à BNP Paribas. Oui, je dis bien « prêté » puisque la banque a mis votre argent sur un compte et qu’elle s’en sert pour faire ses opérations de crédit et d’investissement souvent sans vous payer un centime d’intérêt. Et vous êtes probablement une petite centaine de milliers (y compris les salariés) à détenir des actions de BNP Paribas. Alors, ça vous intéresse de savoir ce qu’elle va faire de votre argent ? 

BNP Paribas vient de présenter son plan à horizon 2016. Il n’est pas ambitieux : +3,3 %  par an de croissance des revenus et une hausse d’environ 12 % pour le bénéfice par action en moyenne annuelle. Mais pour atteindre cette  performance, les équipes devront « produire » un gros effort et votre argent n’a pas fini de « travailler »:  avec 100 € de fonds propres, il faudra fabriquer pas moins de 22,5€ de profits avant impôt, et tout ça pour qu’il reste en fin d’année, 10€ pour les actionnaires ! Des pertes en ligne liées à la fiscalité, à la réglementation et aux impondérables.

L’action BNP Paribas n’est sûrement pas près de retrouver sa valeur de 2007 -avant la crise- soit 90 euros environ. L’actionnaire perçoit cette année un dividende de 1,50 euro par action soit un rendement à peine supérieur au Livret A.  En 2017, on lui promet  2,36 euros. Rien d’affriolant. A 56 euros, ce lundi, proche de la valeur d’actif net, le cours de l’action BNP Paribas n’a d’ailleurs pas décollé. Les investisseurs attendaient mieux. Dans son plan pour 2016 annoncé la semaine dernière, le  groupe Crédit Agricole avait fait miroiter une croissance du bénéfice de plus de 8 % par an, sans convaincre davantage.

Yann Gerardin, Head of Global Equities chez BNP Paribas qui restera sur le  marché des dérivés là où les banques concurrentes abandonnent du terrain.

Yann Gerardin, Head of Global Equities chez BNP Paribas qui restera sur le marché des dérivés là où les banques concurrentes abandonnent du terrain.

Les projets de BNP Paribas n’ont rien de révolutionnaires. Avec ses semelles de plomb, le groupe reste une banque à tout faire, capable de gérer ses risques. Mais son business model et une bonne partie de son résultat reposent toujours sur les facilités qu’elle procure à tous ceux qui spéculent sur les marchés, c’est encore de loin le métier qui offre les meilleurs perspectives.

 

Voici très simplifiée, une esquisse des changements en vue :

  • Les dirigeants veulent plus de digital partout : à fonds les manettes dans la banque sur Internet avec Hello Bank qui vise 1,4 million de clients en Europe. Les agences seront reconfigurées en France. Davantage de digital aussi,  pour encore plus de rentabilité dans les activités de crédits spécialisés.
  • Des réductions de coûts à la pelle : 2,8 millards par an à compter de 2016 mais pour y parvenir on commence par 2 milliards d’investissements dit de transformation (y compris des primes de départ)
  • Plus d’international et moins d’Europe ( 72% au lieu de 77% des revenus). Si aux US, on ferme des agences et on courtise les investisseurs, en Asie et en Turquie,  on met les feux : chacune doit procurer 500 millions de revenus supplémentaires d’ici 2016. En Italie, on prendra moins de risques tandis qu’ en Allemagne: on  grignotera des parts de marché un peu dans tous les métiers. En Suisse et au Luxembourg : ce ne sera pas facile de survivre au risque de disparition du bon gros business des non résidents.
  • Sur les activités de marchés, BNP  s’adaptera au changement de contexte (plus de financement de marché et moins de crédit bancaire) et la banque compte prendre la place des concurrents qui jettent l’éponge, en particulier sur les tous les dérivés et sur le business du « financement et courtage » pour hedge funds autrement dit le prime brokerage.

BONUS

Interview de BNP Paribas qui explique en quoi consiste le métier de prime broker qui vient être racheté à Bank of America en 2008.  C’est ici. 

 

 

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Un commentaire pour Des semelles de plomb pour BNP Paribas

  1. Roger philip dit :

    Ma chère,
    Il me semble que ces plans MT sont des plans intermédiaires sans ligne de force. En effet, les réformes réglementaires ne sont pas achevées et le climat économique n’est pas stabilisé. Toujours la purée de pois, comme vous l’avez écrit si justement fin 2013. A vous lire.

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