Délit d’initiés chez BNP Paribas : Baudoin Prot, principal suspect devra s’expliquer

Dans l’enquête sur d’éventuels délits d’initiés chez BNP Paribas,  Baudoin Prot est le principal suspect. Il aurait omis de déclarer pour 3 millions d’euros de cessions de titres en 2013. BNP Paribas cherche à noyer le poisson mais la justice réussira peut-être à nous éclairer. 

bnp-paribas.1247435679Pour l’instant les faits ne sont pas avérés mais une enquête pour délit d’initiés est en cours chez BNP Paribas. Telle qu’elle est présentée par le Canard enchaîné , cette enquête concerne outre Baudoin Prot, Michel Pébereau, son prédécesseur à la présidence et Philippe Bordenave, le directeur général adjoint de la banque. Les trois hommes auraient vendu près de 300 000 actions, alors que la justice américaine enquêtait sur la violation d’embargo américain  pour laquelle la banque a été condamnée.

C’est peut-être la version qui a été servie à la justice mais l’AMF qui a transmis le dossier ( elle refuse de commenter) sait probablement que ce n’est pas tout à fait le sujet.
Un enfant de 10 ans qui sait compter pourrait lui-même découvrir le pot aux roses. Pour cela il suffit de se plonger dans les documents réglementés que BNP Paribas a dû produire en 2013.

Que révèlent-ils ? Que Philippe Bordenave et Baudoin Prot n’ont probablement pas grand chose, à se reprocher ( voir ci-dessous). Que Baudoin Prot, en revanche a omis de déclarer à l’AMF pour 3 millions d’euros de cession de titres en 2013 en tout cas si on fait l’hypothèse que l’AMF enregistre bien les déclarations sur son site internet. La question est alors : que s’est-il passé ? Baudoin Prot ou une personne qui lui est liée a-t-elle vendu pendant la période où le président était initié ? Si vraiment Baudoin Prot a commis ce délit, alors son départ et l’état de dépression qu’on lui prête depuis plusieurs mois, peut s’expliquer. Ce capitaine qui a tenu la barre pendant la tempête financière de 2008-2011 verrait sa réputation ternir pour une faute de débutant. Espérons que l’enquête éclairera la question.

Pourquoi il est facile de reconstituer l’histoire des cessions des trois hommes

Chaque dirigeant d’entreprise cotée à Paris a l’obligation de publier une déclaration de vente ou d’achat de titre de sa société à l’AMF. En outre ces chiffres peuvent être recoupés avec ceux qui sont publiés dans le document de référence pour voir si d’éventuelles déclarations ont été omises.

Nous avons fait cet exercice et passé en revue les déclarations déposées à l’AMF en 2013 et 2014. Première constatation, si les déclarations avaient été faites en bonne et due forme, aucun des trois dirigeants n’aurait cédé de titres entre le 9 août 2013 et le 30 juin 2014. C’est ce que l’enquête devrait établir très vite.

Par conséquent, il convient de définir la période pendant laquelle les dirigeants et l’administrateur de la banque ont été initiés. Avaient-ils une idée de l’ampleur de la sanction américaine et de son effet sur les cours de BNP Paribas avant le 9 août 2013 ? On a pu lire dans des notes qui circulent que les juristes de BNP Paribas avaient commencé à tirer la sonnette d’alarme en août 2013, probablement après la publication des semestriels du 31 juillet 2013, l’enquête dira donc si les opérations de cession des dirigeants effectuées en août étaient des opérations d’initiés. Cela semble peu probable.

La vraie question est ailleurs et les calculs ci-dessous éclairent l’affaire d’un jour nouveau. BNP Paribas nous emmène-t-elle sur une fausse piste avec l’aide quelques communicants bien placés ?

Des opérations très classiques pour Philippe Bordenave, 

Examinons les opérations des trois hommes en 2013. Le 25 février 2013 Michel Pébereau décaisse la somme de 8,46 millions d’euros pour lever 232 717 stock-options attribuées en 2003. Il n’a pas le choix, s’il ne lève pas les options avant le 20 mars 2013, il perd la possibilité d’acheter les actions au rabais.

Il en revend une petite partie soit 50 000 titres le 1er août 2013 avec une plus value de l’ordre de 650000 euros. Rien d’exceptionnel à signaler. Etant administrateur Michel Pébereau n’était pas censé être au courant de l’ampleur des déboires américains, bien que ceci reste à vérifier. Le nombre de titre vendu concorde en tout cas avec ce qui figure dans le document de référence pour 2013.

Philippe Bordenave lève lui, en février et en mars, en plusieurs fois, ses 38 484 stock-options de 2003 pour un prix de 1,4 million d’euros.

La suite laisse penser qu’il a fait don des trois quarts de ces titres à ses enfants comme le font souvent les dirigeants pour ne pas avoir à payer l’impôt sur la plus value. En effet, ces titres ont été revendus illico le 12 mars par des personnes qui lui sont liées. Là encore toutes les cessions déclarées coïncident bien avec les sommes qui figurent dans le document de référence de la banque.

Manque une déclaration de cession de titres de Baudoin Prot sur le site de l’AMF

Nous arrivons maintenant à Baudoin Prot, le président sortant. Le 25 février comme Michel Pébereau, il lève 201 688 stock-options en payant 7,31 millions d’euros.

On constate comme pour Philippe Bordenave que les titres vont ensuite être vendus par des tiers qui lui sont liés, ce qui peut laisser penser qu’il transmet les actions tirées des options à ses descendants et que c’est eux qui vendent par la suite. Sept cessions de tiers liés sont, en effet, déclarées à l’AMF entre le 6 mars et le 8 août 2013, soit 137 488 actions vendues  pour 6,1 million d’euros. On se demandera peut-être si les cessions d’août 2013 de 3,9 millions d’euros ne sont pas arrivées un peu tard dans une période où le Président avait des informations privilégiées.

Mais là où le bas blesse, c’est que dans le document de référence de BNP Paribas, Baudoin Prot est censé avoir réalisé huit cessions ( et non sept) pour un montant de 9,24 millions. Ce qui revient à s’interroger sur les 3,15 millions d’euros de cessions de titres qui manquent à l’appel.

Pourquoi cette opération faite par le président ou un de ses proches n’a-t-elle pas été déclarée à l’AMF ? A quel moment la cession a-t-elle été réalisée ? Y-a-t-il eu délit d’initié ? Des questions qui ne plaisent pas à BNP Paribas qui préfère expliquer sur les ondes que cette affaire concerne des levées de stock-options et que tout va rentrer dans l’ordre. L’arbre qui cache la forêt.

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