Être une femme administrateur, c’est pas si facile

Dans les entreprises du SBF120, 200 sièges d’administratrices sont à pourvoir d’ici 2017 assortis de généreux jetons de présence : 42300 euros par an, en moyenne. La conférence organisée le 6 mars par la député Marie-Jo Zimmermann, à l’origine de la loi sur les quotas et par Agnès Bricard du Conseil supérieur des Experts comptables, présidente de la Fédération des femmes administrateurs, a montré que se faire accepter dans ces cénacles d’hommes était tout un art.

Mesdames, voici sept clés pour rentrer dans un conseil et y rester :

Bien comprendre les enjeux

Ne pas confondre « emploi » et siège d’administrateur. Outre le fait qu’il faut être en harmonie avec les autres membres du conseil,  on attend essentiellement d’un administrateur qu’il défende l’intérêt de tous les actionnaires, qu’il apporte ses acquis et ses réseaux  pour encourager le développement de l’entreprise et qu’il l’aide à maîtriser les risques. A garder en tête lorsqu’on rencontre un chasseur de tête.

Etre visible

Pour être vue et repérée par un chasseur de tête, il faut être visible. C’est une évidence. Faire parti de réseaux féminins c’est bien. Cela renforce la confiance en soi, en tant que femme, mais il faut surtout faire parti des réseaux mixtes où se trouvent les hommes et surtout les patrons. Les femmes doivent donc aller contre leur nature (souvent discrète) : mettre leurs qualités en avant et ne pas hésiter à s’impliquer dans la durée au sein des syndicats. Ce qui demande du temps. Voilà sans doute pourquoi l’âge moyen des 206 femmes administrateurs du SBF 120 est de 53,5 ans selon l’étude de Karima BOUAISS, maître de Conférences à l’Université de Poitiers.

Refaire son CV

A l’heure du choix, c’est avant tout la personnalité de la future administratrice qui fera la différence.  Retenez tout de même que le profil des femmes administrateurs du SBF120 est assez typé : sur dix femmes, six ont fait des études de management, neuf affichent une expérience en finance ou dans l’industrie et cinq ont déjà occupé un poste au niveau direction dans une entreprise ou une organisation.  Il est conseillé de rédiger un CV sur mesure. Il peut tenir sur une page : un profil typé en 3 lignes, qui colle aux enjeux du rôle d’administrateur. Ensuite, les compétences clés en très bref, les secteurs, les expériences à l’international (pays), les postes d’administrateurs, puis la liste sèche des expériences professionnelles avec les dates et enfin la formation, les langues et les autres activités associatives.

Afficher des diplômes et une formation adéquate

Les diplômes sont utiles et les certifications d’administrateurs  aussi pour trouver un poste, mais c’est surtout parce qu’ils permettent au président de l’entreprise de justifier son choix auprès de son conseil. La certification d’administrateur prépare à adopter le bon comportement et « les codes », elle informe aussi sur les risques juridiques liés à la fonction.

Etre patiente

Le processus de sélection qui s’est professionnalisé, grâce à l’intégration des femmes dans les conseils, peut paraître long (six mois le plus souvent). Il se déroule entre septembre et avril en général. La candidate doit rencontrer le président et le vice-président ou un administrateur en charge du comité des nominations, ainsi que deux ou trois des principaux actionnaires parfois familiaux. Une fois en poste, il faudra encore savoir patienter et écouter avant d’intervenir en séance, le temps de comprendre les jeux de rôles et les codes de fonctionnement propres à chaque cénacle.  A défaut, une femme bouillonnante sera cataloguée de « militante ».  Quelle horreur !

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Michèle Bellon, ex-présidente d’ERDF une femme discrète mais ferme et diplomate qu’on espère bientôt retrouver dans un ou deux conseils du CAC 40

Etre disponible et légitime

Les dossiers d’un conseil  sont souvent consistants et arrivent au dernier moment. Il faut donc pouvoir être disponible pour les étudier. Pour fonder sa légitimité, très souvent, on exige davantage de travail d’une femme que d’un homme. En général, elle prépare mieux ses dossiers  parce qu’elle a moins confiance en elle. Contrairement aux hommes qui savent faire ça avec beaucoup d’élégance, les femmes prennent rarement le risque de donner leur avis sur des dossiers qu’elles ne connaissent pas. Attention toutefois, bien connaître son sujet ne suffit pas à rallier le soutien des autres membres du conseil.

Comprendre les codes

Chaque conseil a ses règles et ses codes. Ils vont sûrement changer car ils sont périmés, mais en attendant, les réformes ne s’obtiennent qu’à la majorité.  Or pour l’instant, les femmes sont en minorité, d’abord par leur sexe et ensuite parce qu’elles ne font pas partie du cénacle de patrons qui siègent dans les conseils. Au début, elles peuvent être perçues comme « intrus ». La première chose qu’on demande donc aux nouveaux administrateurs : être en harmonie avec le  conseil. Il ne s’agit pas de former une équipe soudée mais d’avoir un comportement relativement conciliant, au moins en apparence et au début. Les codes changeront c’est certain mais quand les femmes ne seront plus minoritaires.

Veiller à ne pas s’effacer pour autant

La femme qui intègre un conseil a été choisie minutieusement pour ses qualités. Il faut donc rester soi-même. Mais les dirigeants ne sont pas naturellement pas enclins à écouter une femme qui parle beaucoup. Le bon comportement consisterait néanmoins à s’exprimer librement dans les comités (où siègent 3 ou 4 administrateurs) et à rester davantage sur la réserve en conseil. Si les suggestions féminines ont été retenues en comité, un  administrateur se fera un plaisir de se les attribuer en conseil. Voici donc un allié.  A garder en tête également : les hommes ont une vision stéréotypée des femmes administrateurs, c’est comme ça et ça leur plait. Alors le mieux est de savoir mettre en avant sa part de féminité.

Le 6 mars, quelques 300 femmes étaient réunies par la députée Marie-Jo Zimmermann, auteure de la loi sur les quotas de femmes dans les conseils ( 40% en 2017) et Agnès Bricard (Conseil supérieur des experts-comptables) pour donner un coup de pouce aux associations qui présentent des candidates. Parmi les intervenants qui n’ont pas été avares de conseils : Michèle BELLON, ex-présidente du directoire d’ERDF, Louis SCHWEITZER, président d’honneur de Renault, Marie Ange ANDRIEUX, présidente de l’association des Femmes Diplômées d’Expertise-Comptable Administrateurs, Sonia BONNET-BERNARD, associé gérant chez Ricol Lasteyrie Corporate Finance, Alain Martel, secrétaire général de l’IFA, Anne NAVEZ, fondatrice et présidente de Votre Administrateur et Viviane STRICKFADEN, vice-présidente Women on Board du réseau PWN Paris.

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Banques : la course folle continue

Il est nettement moins drôle de conduire un poids lourd plutôt qu’une Ferrari et ça se voit sur la tête des patrons des deux grandes banques françaises.  Lire la suite

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Société générale: le boomerang Kerviel

L’ex-trader de la Société générale porte son affaire sur le terrain politique. Son avocat estime qu’une enquête parlementaire devrait s’intéresser aux sommes versées par le fisc à la Société générale au titre de la déductibilité fiscale de la perte de 4,8 milliards. Lire la suite

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Nouvelle pulvérisation du risque bancaire en vue

Restent encore quelques obstacles à franchir avant la fin du marathon de la régulation bancaire.  Mais comme on le sait les derniers 100 mètres sont les plus difficiles.

Le dossier qui occupe toujours les régulateurs est celui des mesures à imposer aux banques « trop grandes pour faire faillite » sans entraîner avec elles l’ensemble du système. L’issue de secours en cas de défaillance d’un de ces « too big too fail » autrement dit le testament du démantèlement de ces mégabanques reste à écrire.

En outre, on réfléchit à la « pulvérisation » du risque que constituerait la défaillance d’une mégabanque dans le système financier. La réflexion porte sur l’émission par celles-ci  d’obligations bancaires mutantes, un autre parachute en cas de nouvelle déconfiture.  Ou plutôt un joyeux tour de passe passe.  Des « obligations hybrides contingentes » bancaires muteraient en fonds propres en cas de ratio insuffisant laissant ceux qui les possèdent, plantés avec le risque de tout perdre.  On pouvait penser que cette ( mauvaise) idée avait été abandonnée. Manifestement ce n’est pas le cas.

On reconnaît bien dans celle-ci,  la signature des grandes banques d’affaires, les mêmes qui furent à l’origine de la crise des subprimes : une façon imparable d’éparpiller le risque sur tous les marchés de dettes au moindre pépin, de geler leur fonctionnement et faire courir un risque de cristallisation aux économies de la planète.

Ceux qui n’ont cessé ces derniers mois d’expliquer que la seule façon de supprimer le risque systémique des banques,  était de réduire la taille des établissement n’ont toujours pas été entendus. Brave Finance…

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Chamailleries financières à Davos

Une intervention  bancaire à décrypter à Davos: celle du PDG de la Société Générale, Frédéric Oudéa au titre de l’Institut International de la Finance (IIF) qui souhaite que la liste des « Too big too fail » soit tenue secrète.

Et pour cause.  Il y aurait des risques de distorsion de concurrence. Car on a bien compris  que ces mégabanques trop grosses pour être mises en faillite, auront droit au parachute suprême : la garantie des Etats, de telle sorte que les marchés et les agences de rating en tiendront  compte. Ce qui veut dire qu’il y aura bientôt deux poids, deux mesures : les megabanques munies d’un parachute qui se refinanceront  aux meilleures conditions tandis que les autres banques paieront plus cher leur matière première: l’argent. De là une distorsion de concurrence préjudiciable aux établissements plus petits comme la Société Générale qui n’auront pas de garantie.  Encore faudra-t-il prouver que la caution des Etats peut réellement servir de ceinture de sécurité. Avec la crise des dettes publiques, on peut à présent se poser la question.

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Vertige d’un jour

C’est un grand classique. En cas de vertige, le banquier suisse, comme le randonneur, préfère fixer un point au loin. D’où le retour des « megatrends », ces convictions de long terme que cherchent à faire partager les stratégistes, d’autant plus fortes qu’elles sont lointaines. Si ces « croyances » méritent notre attention, c’est surtout parce qu’une fois relayées par l’opinion, elles se transforment en bulles, et qu’avant d’éclater, elles remplissent copieusement les poches de ceux qui savent vendre à temps.

En tête des thèmes à succès de la décennie passée : l’essor des technologiques en 2000, le décollage des émergents, l’envolée du pétrole sponsorisée par Goldman Sachs ou encore l’engouement pour les énergies renouvelables.

Les banques UBS et Pictet bien empruntées pour conseiller leurs clients en ces temps difficiles, ont, elles aussi, leurs martingales. Pas besoin de jumelles pour voir se dessiner à l’horizon le « megatrend » que représente l’appétit potentiel d’une population mondiale supposée enrichie et qui va croître de 40 % d’ici à 2050, selon Pictet. Cette seule idée alimente déjà la spéculation sur les matières premières agricoles.

Le monde digital, avec son marketing virtuel, sa pénétration du mobile, son escalade de nouveaux services et ses besoins inassouvis en matière de sécurité informatique, voici une autre conviction de long terme au catalogue du banquier de Genève. Il aime, on s’en douterait, l’OPA d’IBM sur McAfee.

Son compatriote UBS opère dans un registre plus subtil. Son « mégatrend » à lui, c’est la conviction que l’Europe est en pleine fragmentation, un divorce à consommer dans quelques années, entre l’arc méditerranéen de la zone euro et les pays du Nord, auxquels viendrait s’agripper la Suisse. Les futurs gagnants mettent dans leur portefeuille des placements stratégiques en Allemagne et des actifs en francs suisses. Attention tout de même à la bulle, conseille Thomas Veraguth, économiste de la banque à Zurich, qui signale déjà une surcote de 20 % chez les foncières helvétiques.

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Le biais positif

Ce n’est pas la première fois que la Bourse défie les fondamentaux économiques mais cette fois-ci il y a une vraie discordance. Septembre a débuté en fanfare, et à moins d’un effondrement total, les indices des grandes places occidentales devraient terminer le mois sur une hausse de 8 à 9 %.

Au plan macro économique c’est une autre histoire. Les indicateurs sont pratiquement tous aussi mal orientés aux Etats-Unis. S’il chute pour le mois de septembre, comme le craignent les économistes, l’indice ISM de la production manufacturière publié vendredi sonnera le glas d’une croissance américaine, même sans emplois. En Europe, ce n’est pas mieux.La situation inquiétante du Portugal et de l’Irlande, dans une zone euro toujours critiquée pour sa gouvernance économique, ne va pas améliorer la perception de ses problèmes de dettes.

Mais les mauvaises nouvelles pèsent peu. Depuis quelques semaines, le fameux « biais positif », cette propension à retenir surtout les bonnes nouvelles semble guider des marchés. Il ne faudrait pas couper l’appétit des investisseurs, alors qu’il va falloir financer ces jours-ci pas moins de neuf introductions en Bourse à Wall Street pour un total de 3,3 milliards de dollars.

Le flux d’information fait donc une place importante aux OPA, aux révisions à la hausse d’estimations des analystes et aux indicateurs économiques les moins sinistrés. Au chapître des encouragements aussi : ces petits porteurs britanniques revenus en Bourse, ou ces patrons de blue chips qui ratissent la croissance chez les émergents. Et surtout, ces traders rassurés par les délais d’application de Bâle III, qui voient dans la perspective d’un nouveau « lâcher de liquidités » de la Fed, une aubaine pour les marchés d’actions.

Qui faut-il suivre ? Pour l’équipe de stratégistes de Groupama, la succession de nouvelles négatives puis positives, serait seulement à l’origine d’un gentil va et vient boursier orchestré à l’intérieur de bandes de fluctuation, pas d’une perspective haussière à long terme. Car les risques liés aux fondamentaux économiques, tout comme ceux liés à l’absence de réglementation n’ont pas disparus, ils sont seulement décalés dans le temps.

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